Heritage Guernsey

Bianvnus à Dgernési


Vous recevrez toujours un accueil chaleureux à Guernesey, que ce soit en anglais ou dans la langue de l’île, le français normand.

Où que vous alliez à Guernesey, vous verrez de nombreux témoignages du patrimoine et de la culture normande de l’île, dont les habitants sont si fiers. Pour commencer, il y a des noms bizarres sur les murs, les bâtiments et les panneaux de rues. Et puis, il y a tous ces noms de famille à la sonorité française dans l’annuaire téléphonique. Et même si vous allez au café pour prendre un petit verre, vous entendrez sans aucun doute la Gâche de Guernesey, qui peut aussi nécessiter les services d’un traducteur.

Viaer Marchi

La Gâche est vraiment à l’ordre du jour lorsque le National Trust of Guernsey organise son énorme rassemblement en plein air pour fêter le patrimoine historique de l’île, y compris sa gastronomie et sa langue unique. Lé Viaer Marchi, ou le vieux marché, se tient à Saumarez Park le premier lundi soir de juillet et c’est lors de grandes manifestations comme celles-ci, et aussi lors du traditionnel West Show (Salon de l’ouest) qui se déroule chaque année au mois d’août, que vous entendrez vraisemblablement la langue normande de Guernesey.

Bien sûr, la plupart de ceux qui conversent encore en “Dgernésiais” ont l’âge de la retraite, mais ces dernières années, les nouvelles générations ont manifesté un fort regain d’intérêt pour le français normand de Guernesey. Le jeune Jan Marquis, un habitant de Guernesey, est à l’origine de cette campagne de renouveau de la vieille langue. Au titre d’officier de développement de la première langue de l’île, ou “Officier pour Dgernésiais”, il a un sens réel de l’histoire de sa langue natale.

« Le français normand de Guernesey ressemble à la langue de Guillaume le Conquérant et a été parlé ici pendant près de 1000 ans, explique Jan. Ce n’est vraiment qu’au 19ème siècle que l’anglais a commencé à prendre le dessus, mais maintenant cette langue est fortement menacée et la plupart des gens qui la parlent couramment sont âgés de 70, 80 ou 90 ans. Une partie de mon rôle au titre d’officier de soutien à la langue de Guernesey est d’explorer les moyens d’élargir son enseignement dans les écoles primaires et d’essayer de l’inclure au programme national. »

Une langue vivante

Même si des centaines d’enfants de l’île ont profité de l’occasion d’apprendre le Dgernésiais, Jan n’a aucune illusion quant à l’énormité de la tâche à accomplir et il est le premier à admettre que les leçons d’école ne suffisent pas à elles seuls. « Nous devons encourager les gens à le parler, dit-il. Il y a beaucoup de grands-parents ou même d’arrière-grands-parents qui n’ont pas parlé cette langue à leurs enfants, alors maintenant nous les incitons à le faire avec les enfants de leurs enfants, parce que ce doit être une langue vivante. »

Fred Gallienne, vétéran de Guernesey qui parle le français normand, est un grand-parent qui a pris le message fermement à cœur. On a peine à croire que, quand Fred était à l’école, c’est l’anglais que lui et ses amis d’école ont dû apprendre. « Je suis né dans une famille où l’on ne parlait que le français de Guernesey, se souvient Fred. Nous ne parlions jamais anglais à la maison et nous avons uniquement commencé à apprendre l’anglais à l’âge de cinq ans. La seule fois que vous entendiez un mot d’anglais, c’est quand on devait utiliser un néologisme, comme “telephone” dans la conversation. »

Le déclin du Dgernésiais comme première langue de l’île a été accéléré par l’évacuation vers l’Angleterre de la plupart de la population en âge scolaire, au début de la Deuxième Guerre mondiale. Fred fut l’un des rares enfants à rester sur l’île et il se souvient de la façon dont ceux qui parlaient le français normand furent traités lorsque la vie reprit son cours après cinq années d’occupation allemande. « Les autres écoliers nous méprisaient, alors nous ne le parlions pas, mais maintenant la boucle est bouclée, dit Fred en souriant. Ceux qui parlent la langue ont l’estime des autres et tout le monde veut entendre des gens qui la connaissent. »

Sentiment d’appartenance

La vogue actuelle du Dgernésiais a même atteint la communauté d’affaires de Guernesey, et un nombre de plus en plus important de sociétés essaient d’inclure un peu de français normand dans leur marketing : « Ils considèrent vraiment leurs produits comme des produits de Guernesey, des produits du terroir, explique Jan, et ils m’ont demandé de trouver un nom français de Guernesey, alors c’est un autre exemple de l’expression de la culture de Guernesey et de l’appartenance à Guernesey. »

Jan et Fred accueillent à bras ouverts tout soutien qui est proposé pour faire revivre le Dgernésiais et, pour Fred, il s’agit d’une campagne qui doit aboutir.

« Il est important de ne pas perdre notre langue, parce qu’une fois que vous l’avez perdue, vous perdez vos racines, vos traditions, tout, explique-t-il. Quand vous avez perdu votre langue, vous perdez votre identité et vous n’êtes juste qu’une autre région d’Angleterre. Il n’y a rien de mal à cela, mais comme j’habite à Guernesey, je veux faire partie de Guernesey ! »

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