L'occupation des îles anglo-normandes 1940-45
L’évènement majeur survenu sur les îles au XXe siècle fut leur intégration au mur de l’Atlantique d’Hitler au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Au début de l’année 1940, les forces allemandes traversaient l’Europe et se dirigeaient vers la côte nord de la France. Vers le milieu du mois de juin, elles avaient atteint Cherbourg.
Les craintes des îliens se matérialisèrent lorsqu’ils découvrirent la une du journal local, le mercredi 19 juin 1940 : « Évacuation des enfants ». Cette annonce suivait une rencontre à Londres, le samedi 15 juin, où les chefs militaires décidèrent que les îles Anglo-Normandes n’avaient aucune importance stratégique et qu’il n’était pas nécessaire de les défendre.
Les parents disposaient de quatre heures pour décider s’ils désiraient faire évacuer leurs enfants. Ils devaient prendre une décision qui allait avoir un formidable impact sur les familles et sur toute l’île, à ce moment-là et à l’avenir.
Les écoliers, enseignants et mères d’enfants trop jeunes pour aller à l’école furent les premiers à être évacués. Vers 10 heures du matin, le jeudi 20 juin, le premier bateau, l’Antwerp, quitta Saint Peter Port pour l’Angleterre, emportant 1 154 jeunes guernesiais.
Le vendredi 28 juin, Guernesey connut son premier raid aérien, qui fit 33 morts et 67 blessés. Le port et les hangars d’exportation de fruits furent visés car les allemands pensaient qu’il s’agissait d’installations militaires et que les camions d’exportation de tomates étaient de vrais véhicules militaires.
L’occupation de Guernesey débuta vers 20h30 le dimanche 30 juin, lorsque cinq transporteurs de troupes Junker atterrirent à l’aéroport de Guernesey.
Les troupes allemandes arrivèrent le lundi 21 et le drapeau allemand fut hissé au cours de ce même après-midi. D’autres troupes arrivèrent par la suite, jusqu’à ce qu’il y ait à peu près autant de soldats que d’îliens restants. L’attention se tourna alors vers les plus petites îles de Sercq et d’Aurigny.
Aurigny avait déjà été évacuée et il ne restait que 12 civils. Une compagnie de soldats arriva pour occuper l’île. Des officiers allemands arrivèrent à Sercq le 2 juillet, suivis par dix soldats supplémentaires le 4 juillet.
La loi nazie fut introduite dans les îles et les réglementations furent publiées dans le journal local. Elles comprenaient des lois raciales, notamment les lois anti-juives. La plupart des juifs avaient quitté les îles avant l’occupation mais certains étaient restés et d’autres s’étaient installés, fuyant les persécutions sur le continent. En 1943, trois juifs de l’île furent déportés à Auschwitz-Birkenau et n’en sont jamais revenus.
Même si les îliens respectaient la plupart du temps les lois nazies, une certaine résistance s’organisait. Il s’agissait notamment de lettres clandestines donnant des nouvelles de l’Angleterre et de l’avancée de la guerre, de sabotages, de peintures du « V de Victoire », du ravitaillement des travailleurs forcés russes, de l’aide aux îliens juifs, de radios clandestines ou de récepteurs à galène. Les îliens étaient parfois pris et punis pour ces actions.
La vie quotidienne de l’île était régie par le Comité de Contrôle présidé par Ambrose Sherwill, qui fut ensuite déporté pour son implication dans l’opération Ambassador de juillet 1940. Lors de cette mission infructueuse, des commandos britanniques effectuèrent un raid sur l’île occupée pour une reconnaissance, la capture de prisonniers et la destruction d’aéronefs. Ambrose Sherwill est par la suite devenu bailli de Guernesey (1946-1959) et a été anobli en 1949.
Le Comité de Contrôle a introduit la monnaie d’occupation dans les îles, les forces d’occupation allemandes utilisant une forme de monnaie provisoire du troisième Reich. Les allemands ont également introduit le fuseau de l’Europe centrale dans les îles occupées.
Les troupes nazies se sont lancées dans un important travail de fortification de Guernesey, construisant de nouveaux bunkers, adaptant les fortifications existantes, ajoutant des canons légers et lourds. La plupart de ces bunkers et batteries existent encore et certains sont ouverts au public.
Pendant les premières années d’occupation, il y avait suffisamment de nourriture pour cette population réduite. Une liaison avec la France fut établie afin d’approvisionner l’île en viande, farine et équipements médicaux, entre autres. Cependant, vint un temps où la nourriture commença à manquer et les îliens durent improviser.
L’accès aux plages était limité étant donné qu’elles étaient fortement défendues par des barbelées et des mines. Cependant, les îliens avaient l’autorisation de récolter des ormeaux et autres mollusques comme les patelles et les bigorneaux dans certaines zones délimitées.
Les pêcheurs avaient le droit de se rendre en mer sur leurs bateaux, mais à une distance limite de l’île et accompagnés d’un soldat allemand.
Les îliens faisaient pousser ce qu’ils pouvaient, notamment du tabac, et produisaient du sel. Il était courant de boire du thé de ronce ou d’ortie, et les algues étaient utilisées pour cuisiner.
Plat traditionnel de Guernesey dégusté avant et pendant l’occupation, le bean jar reste un met de choix encore aujourd’hui.
En octobre et novembre 1942, dix licences de boutiques de troc furent accordées. Ces boutiques ont rencontré un franc succès. Un service d’échange était également organisé par l’intermédiaire du journal local.
Un navire de la Croix Rouge, le Vega, a effectué six voyages vers les îles avec des paquets de la Croix Rouge, qui comprenaient de la farine et des équipements médicaux, entre autres. Certains messages écrits par des proches résidant en Angleterre réussirent également à arriver sur l’île grâce à la Croix Rouge.
Îliens et forces d’occupation souffrirent beaucoup dans les derniers temps de la guerre à cause du manque de nourriture, surtout après le 6 juin 1944, lorsque l’opération Overlord ou Jour J a coupé les liens entre le continent et les îles.
Le 9 mai 1945, le front de mer et le port de Saint Peter Port débordaient d’îliens comblés de joie. Le commandant allemand avait capitulé et les premières troupes britanniques débarquaient à Saint Peter Port, accueillies par une foule en liesse.
Même si c’est le mardi 8 juin qui marque le jour de la victoire en Europe, le gouvernement allemand n’avait pas officiellement reconnu la capitulation des îles Anglo-Normandes. Le commandant allemand, l’amiral Hoffmeier, refusa de livrer les îles jusqu’aux premières heures du 9 mai.
C’est le général de division Hiner et le lieutenant-capitaine Zimmerman, à bord du HMS Bulldog, qui mirent un point final à la capitulation.
De la nourriture fut apportée dans les îles le 12 mai. La péniche de débarquement utilisée pour la livraison des grandes quantités de nourriture était alors utilisée pour le transport des prisonniers de guerre allemands vers le Royaume-Uni. 1 000 soldats allemands restèrent ainsi pour nettoyer, retirer les mines antipersonnelles et démanteler les gros canons, qui furent ensuite jetés à la mer.
C’est ainsi que commença la longue route qui devait mener à la prospérité. Les évacués revinrent pendant la période estivale, des commerces rouvrirent ou furent fondés et l’agriculture commença à prospérer.
Le jour de la Libération est fêté chaque année le 9 mai. Tous les cinq ans, les célébrations sont plus fastueuses, avec une cavalcade le long du front de mer de Saint Peter Port ainsi que tout un programme de manifestations. Ces fêtes permettent aux îliens de se souvenir des jours d’occupation et de savourer leur liberté.